Livres comme l'air

par Zita Bombardier-Touret


La Maison de la Littérature accueillait ce dimanche 21 octobre, dans le cadre du festival littéraire Québec en toutes lettres, la première édition de Livres comme l’air. Cet événement réunissait en toute sobriété 10 écrivains de Québec qui avaient reçu le mandat d’écrire une dédicace à leurs « jumeaux »; 10 écrivains et journalistes emprisonnés ou persécutés pour avoir osé écrire, osé défendre les droits de l’homme et la liberté d’expression. Guidés par l’animateur et écrivain Bernard Gilbert, les dix artistes québécois, cinq hommes et cinq femmes, sont montés sur scène afin de lire leurs propres mots et de se prononcer personnellement sur le pouvoir des mots et du libre arbitre. Comme il est de coutume (dans les autres villes participantes, cet événement en est à sa 19e édition), une chaise vide était placée sur scène afin de représenter l’écrivain absent et, l’un après l’autre, les invités venaient déposer sur celle-ci leur livre offert en cadeau et choisi avec soin.


Trois minutes par auteur, c’est tout le temps alloué afin qu’ils expriment leurs vœux d’espoir, de résilience, de courage et de persévérance. Trois minutes afin de nous lire les mots choisis soigneusement, la dédicace qui sera acheminée à ces écrivains emprisonnés en Chine, en Arabie Saoudite, en Jordanie ou encore en Iran, entre autres. Trois minutes pour transmettre parfois un message d’espoir, une ode à l’écriture, au pouvoir des mots, parfois un message plus politique, plus véhément ou encore tout simplement un hommage au courage de ces défenseurs de la liberté de pensée.


Un mot émerge toutefois de tout cela : espoir. Plusieurs fois répété, le mantra « vous n’êtes pas seul » représente très bien l’esprit d’unité et d’entraide régnant entre les écrivains et leurs lointains confrères jamais rencontrés, mais aussi l’état d’esprit de la foule présente à l’événement : une salle comble, à l’écoute, passionnée et souhaitant un changement. Des applaudissements nourris vinrent saluer la prise de position assumée de l’écrivaine Marie-Ève Sévigny, qui profita de sa tribune afin de rappeler que même ici, la voix des femmes est bien souvent encore bafouée, de même que la tirade de Sylvie Nicolas qui rappela la puissance des mots et son impact sur la conscience des gens. D’une durée d’une heure, cette petite rencontre fut bouleversante de simplicité, de sincérité et du désir d’aider son prochain. M. Gilbert a d’ailleurs souligné la réalité de l’impact que ces dédicaces ont dans la vie de ces défendeurs de la liberté et il est intéressant de noter que, sur les 207 écrivains soutenus par Livres en l’air, 99 ont été libérés depuis la création de l’événement en 2000 à Montréal.


Créé en partenariat avec Amnistie internationale Canada francophone, le Centre québécois du P.E.N. international et l’Union des écrivaines et des écrivains québécois, cet événement gagne à être davantage publicisé, à introduire des extraits des écrits des « jumeaux littéraires » et à incorporer davantage de discussion entre le public et les écrivains présents sur le sujet de la liberté d’expression et le pouvoir des mots.


Le festival Québec en toutes lettres se tiendra jusqu’au 28 octobre dans les différentes institutions participantes, programmation en ligne au www.quebecentouteslettres.com. Pour plus d’informations concernant les dédicaces et les auteurs étrangers à l’honneur, consultez le www.lca.amnistie.ca



Cet article fut rédigé dans le cadre des chroniques culturelles de l'organisme Bravi Productions pour l'émission Premières Loges, animée par Jessica Lebbe de la station radio CKRL 89,1.