Marcel Barbeau. En mouvement.

par Zita Bombardier-Touret

Le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) héberge présentement l’exposition rétrospective Marcel Barbeau. En mouvement et c’est un merveilleux tour d’horizon de l’œuvre de ce peintre et sculpteur qui a marqué le Québec. Marcel Barbeau, c’est l’un des acteurs principaux derrière le refus global; C’est un pionnier de l’abstraction picturale et de l’art optique; C’est un mélomane, un amoureux du mouvement et de toute forme d’art.


L’exposition présente un aperçu de l’ensemble de sa carrière (de 1940 jusqu’à sa mort en 2016), regroupant ses œuvres sous cinq thèmes phares, nous faisant voyager au travers des divers courants qu’il a exploré tout au long de sa vie. Dès notre entrée dans l’aire d’exposition, notre œil est attiré vers la sculpture centrale, Pipe’s dream 5, alors que tout autour s’affichent ses œuvres issues du mouvement automatiste, glauques, oniriques. Il est tout de même intéressant de noter que, déjà, le trait est très présent au travers de l’abstrait; parfois solide et droit, quelques fois hésitant et écorché. Le trait et la ligne resteront tout au long de l’exposition une constance à travers les différents courants.


Nous plongeons ensuite dans le minimalisme, qui coïncide avec sa découverte en 1958 de Stockhausen, spécialiste de la spatialisation du son. Cette spatialisation, Barbeau la transposera dans ses œuvres de l’époque, explorant le côté rythmique et séquentiel de l’art. Encore une fois, le trait ressort comme un leitmotiv dans ses œuvres où le noir et le blanc sont rois. Les années 1960, elles, sont le théâtre des expérimentations optiques, où la couleur fait un retour en force, des teintes assumées et vibrantes, et où le trait est toujours figure dominante.


Barbeau expérimentera toute sa vie avec les matériaux (ficelles trempées dans de l’émail, papier feutre, douille à pâtisserie…), mais aussi avec les liens transdisciplinaires. C’est en 1970 qu’il pousse cette passion à l’extrême, travaillant sur des créations alliant danse, musique (surtout percussive) et peinture. Il est intéressant de noter que pendant cette période, le trait devient plus dansant, moins droit et rigide. Les années 1980 sont des années de travail sur le collage, le pouvoir de la forme et du chromatisme alors que le nouveau millénaire se veut une véritable synthèse de tous ces courants, retournant vers un style plus épuré qui avait été peu à peu abandonné.


Chapeau au musée qui a su créer un environnement complémentaire aux œuvres exposées en jouant avec les angles, les couleurs et l’éclairage; Quoi de mieux qu’une zone triangulaire creuse (à l’intérieur de laquelle nous pouvons nous même créer une œuvre de collage) pour briser la forme traditionnelle de la pièce dans la salle dédiée aux jeux de formes, ou encore de mettre le courant d’art optique dans une salle où murs carrés côtoient zones courbes!


L’aspect transdisciplinaire étant très important pour Marcel Barbeau, j’aurais toutefois aimé avoir accès à plus de vidéos de ses créations multidisciplinaires, ou encore que la musique soit diffusée dans l’aire d’exposition (et non que nous devions faire un choix en utilisant le guide audio, soit d’écouter l’ambiance sonore, soit d’avoir accès aux informations des œuvres, ce qui venait briser l’atmosphère souhaitée par le concepteur).


En mouvement, c’est une célébration du rythme, du mouvement, du souffle et surtout d’un créateur exceptionnel qui aimait les Arts. Se jumelant à cette exposition, le parcours Formes instants nous permet d’écouter 51 fragments musicaux rassemblés par Yannick Plamondon et provenant de plusieurs compositeurs contemporains québécois. Une superbe idée qui aurait fait plaisir à ce mordu de musique, et qui donne une autre dimension à l’exposition, rendant vivant le processus de création et l’âme que nous voulons bien donner aux œuvres.


L’exposition Marcel Barbeau. En mouvement et le parcours Formes instants seront présentés au Musée national des beaux-arts du Québec jusqu’au 06 janvier 2019. Billets au coût de 20$. www.mnbaq.org


Cet article fut rédigé dans le cadre des chroniques culturelles de l'organisme Bravi Productions pour l'émission Premières Loges, animée par Jessica Lebbe de la station radio CKRL 89,1.

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