Tea for 20's: Pour revivre les années folles

par Vanessa Bergeron


Le 10 novembre dernier, à l’Anglicane de Lévis, a eu lieu le tout nouveau spectacle de Lily Tea et Tea for 20’s. Fidèle à ses habitudes, le sextuor de Jazz, mené par la chanteuse et percussionniste Lily Thibodeau, a su transporter son public cent ans en arrière, vers cette époque follement charmante que fût celle des années 1920.


Dès leur entrée en salle, la centaine de spectateurs présents a pu s’imprégner d’une ambiance enchanteresse, rendue possible grâce à un ingénieuse scénographie, qui nous dévoilait une scène complètement transformée pour l’occasion. Des rideaux de dentelles blancs, nous rappelant le sud des États-Unis étaient suspendus, rendus splendides par un éclairage doux et rosacé, sous les poutres en bois de l’Anglicane. Un gramophone placé sur scène jouait de vieux airs jazz et huit soucoupes métalliques servant de lampes d'éclairage, orientées vers le public, ornaient le fond de la scène. Ces soucoupes lumineuses ont magnifiquement servi dès le premier numéro, alors que le Lily Tea entamait une version française de Bei mir bist du shoen dans l’ombre avec un effet à contre-jour créé par ces lampes, donnant un coup d’envoi mémorable à la soirée.


Puisque le spectacle était présenté sous sa formule ‘’en salle’’ pour la toute première fois, il a fallu quelques pièces avant que l’on sente le groupe à l’aise et dans son élément sur scène. Les musiciens semblaient légèrement déstabilisés par tout le côté planifié et formel de l’événement, eux qui ont davantage l’habitude de jouer dans le cadre de festivals ou de soirées dansantes.


Une fois l’aisance bien placée, ces musiciens de haut calibre nous ont livré de splendides performances, notamment sur la chanson Exactly Like You, dont le numéro avait été judicieusement monté de sorte à captiver le public du début à la fin. Débutant avec un solo de contrebasse longuement espéré, sur lequel s’ajoutait graduellement piano avec Antoine Breton, claquements de doigts, guitare avec Éric Lavergne et cuivres, la pièce nous a offert un sublime solo de trombone, un piano jazz aux accents subtils et raffinés, un solo de saxophone soulevant et un jeu de lumière qui accompagnait la musique à la perfection, pour ensuite clore tout en douceur avec un retour à la contrebasse et un beau moment de complicité sur la note finale entre la chanteuse et le contrebassiste Renaud Paquet.


L’éclairage fût d’ailleurs l’un des points forts du spectacle; une co-conception signée Lily Thibodeau et Bruno Matte (Flip Fabrique, Machine de Cirque, Festival d’été de Québec), brillamment exécutée par ce dernier. Des projections en noir et blanc accompagnaient également certaines chansons, rajoutant un élément visuel fort intéressant aux pièces plus rythmées et dansantes.


Grâce aux transitions parlées et toujours très enrichissantes de Lily Tea entre les pièces, le public, décidément friand de musique jazz, a pu apprécier une quantité impressionnante d’anecdotes, de faits historiques ou de notions liées au style musical et à l’époque de l’après-guerre. Cet élément s’est avéré particulièrement précieux sur Blue Skies, un air que l’on pourrait croire ‘’sur-joué’’ dans le monde du jazz... et pourtant! La chanteuse, expliquant d’abord ce qu’est le ‘verse’ d’introduction, disparu mystérieusement des versions modernes de plusieurs standards, nous a offert le verse original de Blue Skies avant de poursuivre avec une voix des plus chaudes, enveloppantes et feutrées, nous faisant même cadeau d’un sublime moment de Scat, livré tout en douceur au milieu de la pièce.


La tromboniste Geneviève Duval, ayant habité New Orleans pendant de nombreuses années, a complètement conquis le cœur des spectateurs de par son talent immense, ses nombreux solos ressentis, son plaisir évident à vivre le jazz sur scène ainsi que ses moments de complicité partagés avec le saxophoniste Alain Baril.


Malgré un public malheureusement trop poli, courtois et gêné, certaines personnes n’ont pas hésité à taper des mains, si bien que l’on aurait souhaité que les tables et les chaises disparaissent pendant les pièces plus rythmées. Des applaudissements faits de façon systématique et machinale, bien que parfois bien ressentis, à la fin de chaque solo sont parfois venus brimer l’ambiance finement tissée par le groupe, nous empêchant souvent d’entendre le solo suivant.


Somme toute, Chapeau à toute l’équipe de Tea for 20’s, qui ont su mettre leur amour de la musique jazz en avant-plan et nous ont présenté un spectacle à la fois ingénieux, charmant, touchant et original, en cette veille du centième anniversaire de l’Armistice, à l’approche des prochaines ‘’années 20’’.


Actifs depuis 2008 sur la scène musicale québécoise, Tea for 20’s ont à leur actif un album éponyme lancé en 2017 reprenant plusieurs standards jazz et mijotent actuellement un deuxième album qui s’annonce composé de chansons originales. Ils ont d’ailleurs présenté deux compositions originales en français durant le spectacle. Les prochains spectacles de Lily Tea for 20’s auront lieu le 25 novembre prochain au Théâtre Rialto ainsi que le 1er décembre au Palais Montcalm, dans le cadre du Show Gatbsy, une soirée dansante du Studio Tempo Swing. Les billets pour cette soirée sont en vente au coût de 23$ sur le site internet du Palais Montcalm. Pour d’autres dates de spectacles ou pour effectuer des achats en ligne (albums ou thés) visitez le www.lilythibodeau.com.

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